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Maîtrise des risques : des expéditions extrêmes à l’entreprise au quotidien

Douze années comme chef de projet en SSII m’ont amené à gérer des équipes locales, d’autres distantes et multiculturelles, au sein de projets de conception ou de déploiements internationaux. Autant d’entreprises  qui n’auraient pu être menées avec succès sans une solide démarche de maîtrise des risques appliquée à ces actions en entreprise.

Les compétences en gestion de projet perfectionnées dans l’entreprise allaient bientôt être réinvesties à des fins personnelles. La passion pour la montagne et ses activités m’ont conduit à d’autres expérimentations, seul ou en équipe : ascensions à 6.000 ou 7.000m ou traversée de l’Himalaya à pieds durant un an.

Des aventures passionnantes qui ont mis en lumière de manière cruciale que les savoir-faire classiques issus de la sphère professionnelle touchent rapidement leurs  limites dans le contexte particulier des expéditions. La cause ? Des caractéristiques communes avec l’entreprise mais exacerbées à l’excès.

Si l’incertitude existe en entreprise, en expédition elle est le quotidien.

L’environnement évolue dans et autour de l’entreprise. En expédition, les métamorphoses aussi radicales qu’imprévisibles font partie de l’ordinaire.

En entreprise, certaines décisions sont stratégiques. En expédition, nombre d’entre-elles doivent être prises sur la base d’informations parcellaires et peu fiables, voire dont on sait que certaines sont fausses sans savoir lesquelles. Et elles engagent souvent la vie des hommes.

Autant d’éléments qui, à force de percuter les méthodes traditionnelles en entreprise, les rendaient inefficaces.

Pourtant, en expédition comme dans le monde des affaires, il est indispensable d’avancer toujours vers son but, de le faire au plus efficient, tout en conservant un niveau de sécurité suffisant.

Par nécessité de retrouver l’efficacité optimale lors de mes escapades en terres sauvages, les trois piliers qui forment le socle de l’efficience en environnement incertain se sont progressivement dessinés au fil des aventures.

La Performance Positivetm, qui permet d’optimiser à la fois l’excellence métier et de préserver un niveau de bien-être suffisant. Les comportements et fonctionnements A²GI²LEtm, afin de se jouer des obstacles en terrain instable, et d’atteindre son objectif, fût-il en mouvement. L’innovac’tion de rupture, enfin : sortir des cadres et créer de nouveaux concepts, laquelle permet d’obtenir bien plus de résultats, avec moins d’effort, et moins de contraintes.

64.000 auditeurs sont venus découvrir mes escapades et leurs enseignements en conférence. Des dizaines de formations ont été animées sur ces thèmes. Des entreprises et agences événementielles me sollicitent pour confronter les acteurs de l’entreprise aux réalités des environnements incertains, via des mises en situation.

Pourquoi un tel engouement ?

Parce que  l’exigence de garanties sur les résultats sans aucune certitude sur les moyens tend à se généraliser. Et parce que l’environnement des entreprises ressemble chaque jour un peu plus à celui des expéditions.

Or, un constat s’impose : en filigrane de la performance positivetm, du concept Agiletm, comme de l’innov’action de rupture, la double notion d’opportunité et de danger figure chaque fois en bonne place.

Aussi, dire que les concepts au cœur de la maîtrise des risques ont joué au quotidien un rôle essentiel dans la réussite des incursions au pays de l’oxygène rare n’est pas une exagération : c’est la simple reconnaissance d’un fait. En expédition, il ne suffit pas de progresser vers l’objectif : à chaque pas, il est indispensable de le faire en assurant un niveau de sécurité suffisant !

Dans un environnement professionnel de plus en plus caractérisé par l’incertitude et l’imprévu, la Maitrise des Risques n’est plus en plus un outil utile pour mener son projet au succès : elle est indispensable.

Elle rend plus sûr ce qui ne l’était pas. Elle aide à s’aventurer avec plus d’assurance dans l’incertitude des projets. Elle contribue à prendre les meilleures décisions. Elle permet de se jouer des obstacles.

Mieux : en fournissant une capacité supérieure aux tiers à adresser des opportunités sensibles, elle vous permet de disposer d’un avantage concurrentiel.


Maîtriser vos risques dépend-t-il de vos moyens ?
Ou de l’intelligence de votre réponse ?

Gravir un sommet de plus de 7.000 m dans des conditions de sécurité raisonnables ne s’improvise pas.
En matière de santé, disposer d’une pharmacie adaptée est indispensable.

Alors que je préparais l’ascension du Himlung Himal (7.126m) en 2001, nous avions pris conscience d’un facteur de risque particulier.

Notre matériel allait être transporté à dos d’homme durant des jours, dans des paniers de bambou tressé. Le risque de perte de la pharmacie était loin d’être négligeable pour un élément aussi critique, eu égard aux cabrioles à venir dans un terrain particulièrement accidenté par endroit, et lors des possibles traversées de torrents à gué.

La réponse spontanée à cette question avait été de doubler la pharmacie.

Nous avions finalement opté pour deux mesures :
– la répartition de chaque élément de la pharmacie en quantités égales dans deux conteneurs distincts,
– un contrôle avant chaque départ : vérifier que les conteneurs étaient entre les mains des porteurs différents.

Pourquoi ce choix ?

Perdre la totalité de la pharmacie de notre expédition était totalement inenvisageable. En perdre la moitié eu été déplorable, mais gérable néanmoins.

Doubler notre pharmacie était une option présentant un réel intérêt par rapport au choix de la diviser en deux. Mais c’était aussi une option chère.
Le ratio bénéfice attendu sur coût n’était pas le meilleur.

Parfois, un simple changement d’organisation rend possible de réduire un risque presque autant qu’investir dans une action coûteuse.

Maîtriser les risques n’est pas nécessairement signer un chèque !
C’est aussi une question d’intelligence et d’organisation pour maximiser les effets au moindre coût !


Toujours plus vite pour passer avant l’accident !

« Toujours plus vite pour passer avant l’accident ! »
Devise croisée au hasard d’un taxi : le chauffeur l’avait affichée en guise de clin d’oeil.

Certains d’entre nous ont une petite voix intérieure qui dicte que la réussite se mesure à la vitesse d’exécution.

En situation de stress, de crise, d’urgence, ne sommes-nous jamais tentés par la fuite en avant, plutôt que de s’accorder le droit à une performance véritable: la nécessaire respiration pour observer, prendre le temps de la réflexion et décider au mieux.

Voulez-vous un mauvais conseil ? Allez toujours plus vite pour passer avant l’accident !

… et vous le rencontrerez !


Quelle est la première mission d’un chef d’entreprise ?

Lors de mes interventions en entreprise, je pose souvent ces trois questions : quelle est la première mission d’un chef d’entreprise, quelle est la première mission d’un chef d’atelier ou d’un responsable de chantier, quelle est la première mission d’un DRH ?

Les réponses varient en général de « être celui qui montre le chemin à l’équipe » à « faire en sorte que les actionnaires continuent d’investir dans notre entreprise pour assurer sa pérennité ».

Deux points essentiels, mais je ne crois qu’une mission est plus primordiale encore.

Quelle est la première mission d’un chef d’entreprise ?

Dans mes conférences sur la prévention des accidents du travail, j’aborde le sujets sous cet angle:

 » Prenons une entreprise de montagne réduite à sa plus simple expression : un guide et votre fils aspirant-guide, qui lui donne un coup de main sur le terrain, durant la saison d’été.

Quelle est la première mission du guide ? Est-ce de faire vivre les plus belles expériences à ses clients, de les mener au sommet, de leur faire découvrir les plus belles montagnes du monde ? Est-ce de gérer les coûts et de bien vendre les prestations pour être en mesure de payer votre fils à la fin de la saison ?

Un vieux guide expérimenté, nous dirait sûrement que la première mission d’un guide est aussi sa première responsabilité : la première mission d’un guide, c’est de faire en sorte, chaque jour, qu’en fin de journée chacun soit encore composé du même nombre de pièces, et assemblées dans le même ordre ! En clair : faire que chacun reste en bonne santé physique et psychologique. Tout le reste est utile, mais accessoire !  »

Vis à vis de nos employés, vis à vis de nos collègues, nous sommes des guides.
Dans tous les milieux qui comportent des risques, à commencer par l’entreprise, chacun d’entre nous, du plus haut responsable au dernier maillon de la chaîne, se doit d’être un peu le guide de l’autre.

La première mission d’un chef d’entreprise, est celle du premier guide : avoir tout fait pour que chacun rentre chez lui le soir.


Sur le même sujet: Sécurité / Prévention des Accidents du travail : la conférence


A quoi sert un outil quand on ne sait pas s’en servir ?

Il existe 3 façons de mourir sous une avalanche :

  • Rares sont les chocs qui provoquent une mort immédiate.
  • Au bout de 15 MN, 92% DES PERSONNES sont ENCORE EN VIE (1) : seule une minorité est décédée par asphyxie.
  • Au-delà, l’espérance de vie chute rapidement, et après trente-cinq minutes il ne reste plus que 30 % de survivants, à cause de l’hypothermie.

En pareille circonstance, seul l’ARVA (appareil de recherche d’une victime d’avalanche) puis l’usage d’une sonde donnent une réelle chance de localiser et d’extraire une victime dans le délai critique des 15 premières minutes.
M. Johnson (2) ne l’ignorait peut-être pas lorsque, hors piste avec sa femme, il la vit disparaître sous une avalanche.

L’ARVA qu’il porte indique très rapidement la direction vers le point où son épouse est ensevelie, dans une pente particulièrement raide. En une poignée de secondes, Johnson est sur place. L’ARVA lui permet de préciser au mieux un périmètre : un cercle de trois mètres de diamètre à peine. Trois petits mètres qui indiquent avec certitude que son épouse est là, tout proche.

M. Johnson se jette sur sa sonde. Chaque seconde compte !
Il sonde et sonde encore. Rien.

Il devrait localiser le corps de son épouse : elle est là, sous ses pieds ou à portée de main. Quelques coups de pelle suffiraient à la faire ré-apparaître ! Quelques coups de pelle, mais où ? Il sonde à nouveau. Contre toute attente, chaque fois la tige de métal s’enfonce dans un néant de neige et plonge Johnson dans le désespoir.

Il se résout à aller chercher du secours dans la vallée et s’élance dans la pente.

Les secours déclenchés, un hélicoptère est dépêché sur les lieux de l’accident. Les sauveteurs localisent rapidement Mme Johnson et l’extraient de la neige. M. Johnson avait sondé verticalement. Il eut fallu sonder perpendiculairement à la surface du sol. Les conditions particulières : la pente particulièrement importante, avaient influencé le cheminement des ondes vers son ARVA. Il eut fallu tenir compte de ces circonstances exceptionnelles en usant de la sonde.

Mme Johnson était en vie alors que son mari sondait, Mme Johnson était toujours en vie lorsqu’il descendait fou de rage chercher du secours. Mais c’est avant que les secouristes ne soient sur place qu’elle est morte d’hypothermie.

Cette histoire n’est pas une fiction.
A monsieur, elle a coûté sa femme. A sa femme, elle a coûté la vie.

Certains penseront qu’ils n’ont pas eu de chance.
D’autres diront que la part laissée à la chance doit tendre vers zéro et qu’il y a eu une défaillance dans le processus de maîtrise des risques.

A quoi sert un outil, à quoi sert une procédure quand on ne sait pas s’en servir ?
A quoi servent-ils si l’on sait s’en servir lors d’exercices de routine, mais qu’on en devient incapable sous stress dans des conditions qui ne sont pas exactement celles des entraînements ?

(1) source ANENA – Association Nationale pour l’Etude la Neige et des Avalanches
(2) nom volontairement remplacé

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